La liberté d’expression attaquée

La liberté d’expression attaquée

Au lendemain du terrible attentat contre le journal satirique Français Charlie Hebdo qui a fait 12 morts, la France et la communauté internationale sont sous le choc. Au-delà de l’indignation face à la barbarie de l’acte, la France a été touché dans son cœur, dans ses valeurs et notamment dans ce qu’elle a de plus chère : sa liberté d’expression.

Une tragédie qui dépasse les frontières de l’hexagone et qui a ébranlé le monde occidentale. Un massacre qui sera d’ailleurs suivi par un autre, celui perpétué contre le magasin “Hyper Kasher” quelques jours plus tard et qui fit aussi de nombreuses victimes. Comment réagir face de tels événements? Une question à laquelle tout un chacun essaye de répondre depuis la date fatidique du 7 Janvier 2015. C’est d’abord le chagrin et la colère qui s’imposèrent, puis des manifestations partout en France et à l’étranger pour envoyer un message clair invoquant un refus de soumission et une soif de liberté tellement Française.
Et puis, très vite, il est apparu nécessaire de dénoncer l’acharnement contre les Français musulmans et de refuser toute forme d’amalgame. Face à l’augmentation des actes islamophobes en France, ces tentatives d’assimiler Islam et terrorisme et de stigmatiser les musulmans doivent être combattues. Plutôt que de chercher des bouc-émissaires pour que certains gouvernements occidentaux puissent justifier l’injustifiable, il est grand temps de s’interroger sur les réels fondements de ces actes de terreur et d’en prendre la pleine mesure.
C’est dans ces termes que Benoit Duverneuil, en qualité de représentant local de Français d’Amérique Ensemble et de Président du CFFC, s’est exprimé sur la chaîne de télévision CNN International.

Extrait de l’interview sur CNN International : http://edition.cnn.com/videos/tv/2015/01/10/cnnee-intvw-benoit-duverneuil.cnn

 

Je Suis Charlie
Plus de 4 millions de personnes ont défilé dans les rues de Paris le 11 Janvier afin d’affirmer leur solidarité avec les victimes des attentats et leur attachement aux valeurs de liberté d’expression, de tolérance, de courage et de vivre ensemble qui caractérisent si bien la République Française. Des personnes de tous milieux et de toutes confessions étaient rassemblées, refusant de se laisser réduire au silence par la peur. Ici aussi, en Floride, des marches furent organisées. Une première, notamment à l’initiative de certains résidents comme Naima Boubekeur, journaliste, et d’un professeur de philosophie. Ces marches ont constitué une réponse forte face à la menace terroriste et au risque de division. La France est le pays occidental avec la plus importante population musulmane, la seconde plus importante population juive, un passé colonialiste, un taux de chômage particulièrement élevé chez les jeunes… Autant de défis qui créent un contexte unique, parfois explosif. Les terroristes comme les mouvements d’extrême droite espèrent semer la division et participer à la mise en place des fondations d’un conflit de civilisations qui pourrait éventuellement mener à une guerre civile. Les manifestations ont prouvé que les liens qui unissent les Français aux uns et aux autres étaient d’une solidité à toute épreuve. Dans cette société globalisée, un jeune musulman qui porte fièrement une pancarte sur laquelle est écrit “Je suis Juif” est un élément fort en symbolique et signification.

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Liberté d’expression et le “politiquement correct”
Charlie Hebdo est un journal satirique qui a fait de la provocation extrême sa marque de fabrique. Il n’existe pas ou peu d’équivalents dans le monde Anglo-Saxon. Mad Magazine et Viz sont probablement les deux publications les plus similaires. Les dessins et articles de Charlie Hebdo ont essentiellement eu pour cible les institutions, les religions et les injustices. Les caricatures ne sont pas destinées à plaire à tout le monde ,et vont souvent à l’encontre du “politiquement correct”. Dans le Droit français comme dans le Droit international, rien n’autorise la restriction de la liberté d’expression, et surtout pas du fait que certains propos pourraient être considérés comme offensants pour certains. Imaginons un monde dans lequel chaque groupe pourrait faire interdire telle ou telle publication parce que jugée offensive ! La France est une démocratie laïque dans laquelle le blasphème n’et pas considéré comme un crime. Ce qui est une offense, c’est de considérer que, dans une société moderne et libre, n’importe quelle forme d’expression puisse être contrôlée ou limitée en vertu de son caractère offensant. La liberté d’expression et le “politiquement correct” sont deux choses différentes, et n’oublions pas non-plus que la parole raciste est un délit condamné par la Loi française.

Des mesures de lutte contre le terrorisme inefficaces et liberticides
Cette phrase de Benjamin Franklin est plus que jamais d’actualité. “Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre et finit par perdre les deux“. Un mois et demi après le 11 Septembre, lors de la mise en place de lois liberticides dans le cadre du Patriot Act, de nombreuses voix se sont élevées de part le monde afin de critiquer cette atteinte aux libertés fondamentales du peuple américain qui aboutira quelques années plus tard au scandale de Guantanamo. Même chose après la révélation du phénomène des écoutes généralisées de la NSA grâce a Edward Snowden. L’arsenal législatif déployé par la France au lendemain des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Kasher est malheureusement du même ordre. D’abord l’introduction dans le Code Pénal des infractions de diffamation et d’injure qui porte atteinte a la liberté d’expression, puisque pouvant être désormais considérés comme des appels ou des incitations à la haine. Bien pire encore, profitant du traumatisme de la population à la suite des événements de Janvier et malgré une surveillance digitale déjà bien implantée en France, l’Assemblée Nationale française, par le vote de seulement 30 députés sur 577, a instauré une nouvelle loi sur le renseignement. Cette loi inclue les notions de surveillance en masse des communications téléphoniques et aussi d’Internet grâce à des boites noires qui capteront l’ensemble des communications de l’Internet français, et cela sans l’avis d’une autorité judiciaire. Malgré les dénonciations par les professionnels de l’Internet, les institutions européennes et par les organisations internationales qui craignent une dérive possible d’un tel arsenal qui pourrait être utilisé pour toute autre chose que la lutte contre le terrorisme, le gouvernement français s’est obstiné dans le déni comme à de nombreuses reprises (Traité de Lisbonne, Traité de libre échange transatlantique…). Le Ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve enfonçait le clou en déclarant que le droit à la vie privée n’était pas une liberté, ce qui est évidemment contraire aux libertés fondamentales dans le Droit international comme dans le Droit Constitutionnel français. Des restrictions de la liberté d’expression qui ne sont pas nécessaires et qui n’auront aucun effet dans la lutte contre le terrorisme. Comment peut-on accepter ce projet de loi sur le renseignement de masse en France lorsqu’on connait les conséquences du Patriot Act aux Etats-Unis ? S’il fallait encore le démontrer, la collecte massive de données est complètement inefficace en matière de lutte anti-terrorisme comme le démontre cette étude faite par la pourtant très conservatrice New America Foundation :
Do NSA’s Bulk Surveillance Programs Stop Terrorists?
De telles lois peuvent être des armes redoutables entre de mauvaises mains. Une loi sur le renseignement doit protéger les citoyens contre les autres citoyens mais aussi de protéger les citoyens contre l’Etat, ce qui n’est pas le cas avec ce nouveau projet de loi, tant le manque de contrôle est criant puisque la mise en place de ces moyens de surveillance ne passeront plus par la case judiciaire.

Le fond du problème
Récemment, le Président américain Barack Obama a annoncé la mise en place d’une grande coalition pour s’engager dans un conflit contre l’Etat Islamiste, c’est-à-dire ni plus ni moins qu’une 3ème guerre d’Irak. Pourtant, depuis le début des années 2000, l’action des pays occidentaux n’a fait que multiplier les foyers de terrorisme dans le monde. Afghanistan, Libye, Mali, Yémen, Nigeria, Syrie… Le groupe terroriste nommé Daesh n’est finalement que le fruit de la politique internationale à géométrie variable de l’Occident. En Libye, les alliés d’hier sont les ennemis d’aujourd’hui, même chose en Syrie… En considérant l’Etat Islamiste, l’Occident ne va faire que légitimer ces groupes terroristes et faciliter le recrutement en créant un véritable appel d’air pour des candidats au djihad qui, venant de tout le monde arabe pour se retrouver dans cette région du monde, nous allons aussi les retrouver en nombre dans les pays occidentaux. De ce fait, le risque terroriste ne peut être que renforcé et devenir impossible à contrôler. Penser que faire une 3ème guerre, avec le Qatar et l’Arabie Saoudite au sein d’une coalition, serait la solution face à la menace terroriste, est une vision simpliste et vouée a l’échec. Les interventions Américaines et occidentales contre les intégristes islamistes sont de cuisants échecs qui se sont soldés par des millions de morts et qui n’ont fait que renforcer les groupes déjà existants. Tout ce qui a été entrepris par l’Occident dans ces régions au non des ” droits de l’homme” n’a fait que déstabiliser un peu plus ces situations déjà explosives. Cela fait deux décennies que la même stratégie est employée. Combien de gamins devront revenir dans des body bags ? Combien d’actes de terreurs faudra-t-il avant que l’on change de logiciel ? La diplomatie est la seule sortie possible de cette crise. Pour prévenir le risque terroriste, il y a certainement un vrai travail de renseignement à mettre en place sans toutefois remettre en cause nos libertés fondamentales. Il y aussi surement besoin de reformer en profondeur le système pénitencier dans lequel on rentre délinquant et l’on sort djihadiste. De même, le rôle de l’éducation est centrale dans ce combat. Enfin, la diplomaties doit reprendre toute sa place et il ne faut pas non plus sous-estimer des valeurs fraternelles comme la Francophonie qui permettent d’unir les peuples au-delà des frontières.

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